Votre entreprise évolue, se développe ou se réinvente, et il devient nécessaire d’en modifier la carte d’identité. Que ce soit pour un déménagement, un changement de cap stratégique ou une nouvelle gouvernance, les formalités de modification d’entreprise sont souvent perçues comme des contraintes administratives.
Ne vous inquiétez pas, on vous accompagne ici à travers les cinq modifications les plus courantes.
1. Changer le siège social de votre société
Le siège social est bien plus qu’une simple adresse sur un papier. C’est le domicile juridique de votre entreprise, le lieu où l’on peut vous notifier officiellement des actes et où se concentre votre Direction. Un déménagement nécessite donc une procédure rigoureuse appelée transfert de siège social, et, aura des conséquences à évaluer selon cette source.
La première étape est une décision collective. Sauf pour les sociétés unipersonnelles comme l’EURL ou la SASU où l’associé unique décide seul, il faut convoquer les associés. Les règles pour voter ce changement dépendent de votre forme sociale. Dans une sas, tout est défini par vos statuts : ce peut être le président, l’assemblée générale ou un autre organe qui est compétent. Si vos statuts sont silencieux, il faudra l’unanimité des associés. Pour une SARL, c’est l’assemblée générale extraordinaire qui statue, avec des règles de quorum et de majorité spécifiques selon la date de création de votre société.
Une fois la décision actée par un procès-verbal, vous devez publier un avis dans un journal d’annonces légales habilité dans le département de votre nouveau siège, dans le mois. Si vous changez de département (on parle de transfert « hors ressort »), vous devrez publier deux avis : un dans l’ancien et un dans le nouveau département. Cet avis doit contenir des mentions obligatoires comme votre dénomination sociale, l’ancienne et la nouvelle adresse, et votre numéro RCS.
Vient ensuite le dépôt du dossier sur le guichet électronique unique des formalités des entreprises. Vous avez aussi un mois pour le faire. Le dossier en ligne devra comprendre le procès-verbal de décision, les statuts mis à jour avec la nouvelle adresse, l’attestation de parution de l’annonce légale, et un justificatif pour le nouveau local (bail, titre de propriété). N’oubliez pas de vérifier si cette modification impacte vos bénéficiaires effectifs, auquel cas une mise à jour de leur déclaration sera nécessaire.
Enfin, le greffe du tribunal de commerce compétent mettra à jour votre immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS) et vous délivrera un nouvel extrait kbis.
Prévoyez un budget pour les frais incompressibles : la publication légale (environ 108 € HT) et des frais de greffe qui varient entre environ 189 € pour un transfert dans le même ressort et 223 € pour un transfert hors ressort.
Le gouvernement a mis à la disposition des entrepreneurs une page web qui liste tous les coûts des formalités d’entreprise.
2. Modifier le nom (dénomination sociale) de votre société
Votre nom est votre identité sur le marché. Le changer n’est pas anodin, que ce soit pour mieux refléter votre activité, tourner une page ou marquer un nouveau départ. La procédure ressemble à celle du changement de siège, car elle modifie aussi vos statuts.
Ici encore, tout commence par une décision des associés. Dans une SARL, cela passe par une assemblée générale extraordinaire. Pour une SAS, référez-vous encore une fois à vos statuts qui précisent qui peut décider (président, assemblée…) et à quelle majorité. Attention, si rien n’est prévu, l’unanimité est de rigueur. Dans une EURL ou une SASU, l’associé unique prend cette décision unilatéralement.
Après avoir rédigé le procès-verbal et mis à jour l’article concerné dans vos statuts, vous devez informer le public. Publiez un avis de modification dans un journal d’annonces légales du département de votre siège social, toujours dans le délai d’un mois. Cet avis doit indiquer l’ancienne et la nouvelle dénomination sociale, ainsi que les autres éléments d’identification de la société (forme, capital, RCS…).
La dernière étape est la déclaration au registre via le guichet unique des formalités des entreprises. Vous y joindrez le procès-verbal, les nouveaux statuts datés et certifiés conformes, et l’attestation de l’annonce légale. Une fois la formalité enregistrée par le greffe, votre nouvelle identité sera officielle et opposable aux tiers.
3. Remplacer le dirigeant de la société
Un départ, une succession, une nouvelle expertise à la tête de l’entreprise : le changement de dirigeant est un événement fréquent dans la vie d’une société. La procédure varie selon que le dirigeant est nommé « statutairement » (son nom figure dans les statuts) ou « non statutairement ».
Première question : qui décide ? En SARL, la nomination ou la révocation du gérant se fait à la majorité des parts sociales (plus de 50%), sauf si les statuts prévoient une règle différente. En SAS, c’est l’organe désigné par les statuts (souvent l’assemblée des associés) qui prend la décision. Pour les SASU et EURL, c’est l’associé unique. Cette décision est consignée dans un procès-verbal qui précise l’identité du dirigeant sortant et de celui qui entre en fonction.
Si le dirigeant sortant était nommé dans les statuts, vous devez les modifier pour y inscrire le nom du nouveau dirigeant. Dans le cas contraire, un simple procès-verbal suffit.
Ensuite, comme pour les autres modifications, vous avez un mois pour publier un avis dans un journal d’annonces légales. Cet avis doit indiquer le motif du changement et les coordonnées du nouveau dirigeant.
Enfin, le dossier complet est à déposer sur le guichet unique. Il comprendra le procès-verbal, l’attestation de parution, les statuts mis à jour le cas échéant, ainsi que des pièces propres au nouveau dirigeant : copie de sa pièce d’identité, déclaration de non-condamnation et attestation de filiation (noms des parents). Soyez vigilant : si le nouveau dirigeant est aussi un nouvel associé ou bénéficiaire effectif, une mise à jour de la déclaration des bénéficiaires effectifs sera requise.
4. Transformer la forme juridique de votre société
Passer d’une SARL à une SAS, ou d’une SAS à une SA, c’est changer la nature même de votre structure. C’est une modification d’entreprise complexe, car elle implique une refonte complète des statuts et des vérifications approfondies.
Cette opération, appelée transformation, nécessite souvent l’intervention d’un commissaire à la transformation (qui peut être votre commissaire aux comptes si vous en avez un). Son rôle est d’établir un rapport sur la valeur des biens de la société et de certifier que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social. Ce rapport, indispensable pour la validité de l’opération doit être mis à disposition des associés avant le vote.
La décision de transformation est majeure. Pour une SARL qui veut devenir une SAS, l’unanimité des associés est requise. Les règles de majorité varient selon la forme de départ et d’arrivée. Cette décision conduit à l’établissement de nouveaux statuts adaptés à la nouvelle forme juridique, qui définiront un mode de gouvernance souvent très différent.
Après le vote, il faut publier un avis de transformation dans un journal d’annonces légales et déposer la demande d’immatriculation modificative sur le guichet unique. Le dossier est conséquent : procès-verbal, nouveaux statuts, rapport du commissaire à la transformation et attestation de parution légale.
Un point crucial : cette transformation peut avoir des conséquences fiscales (plus-values latentes) et il est souvent prudent de se faire accompagner par un expert-comptable.
5. Faire évoluer l’objet social de votre société
Votre objet social délimite le champ d’action autorisé de votre entreprise. Y ajouter une activité nouvelle ou en changer totalement n’est pas qu’une formalité administrative, c’est une décision stratégique qui peut avoir de lourdes conséquences.
D’abord, assurez-vous que le changement est nécessaire. Si la nouvelle activité est complémentaire à celle déjà décrite, une simple mise à jour de l’immatriculation peut suffire. En revanche, pour une activité totalement nouvelle ou sans rapport, il faut modifier les statuts.
La décision se prend en assemblée. Pour une SARL, c’est l’assemblée générale extraordinaire, avec des règles de quorum et de majorité similaires à celles du changement de siège. En SAS, tout dépend encore des statuts. Si ceux-ci ne précisent rien, l’accord unanime des associés est requis.
Après la mise à jour des statuts et la publication de l’annonce légale obligatoire, vous déposerez votre dossier sur le guichet unique avec le procès-verbal, les nouveaux statuts et l’attestation de parution.
Attention, le piège est souvent fiscal. Un changement d’objet social peut être assimilé par l’administration fiscale à une cessation d’activité si, concrètement, il y a un changement d’activité réelle. Cela est caractérisé par exemple si votre chiffre d’affaires ou la valeur de votre actif immobilisé varie de plus de 50% à cause de ce changement. Dans ce cas, les conséquences sont lourdes : imposition immédiate de tous les bénéfices non encore taxés et perte du report des déficits antérieurs. Une consultation avec votre expert-comptable avant de lancer la procédure est donc absolument indispensable.
Anticiper les changements dans la vie de l’entreprise
En conclusion, chaque changement, qu’il soit géographique, identitaire, humain ou stratégique, est une étape vers une nouvelle phase de développement.
La vraie réussite d’une modification d’entreprise réside dans l’anticipation. Une modification statutaire impacte rarement uniquement le greffe. Elle influence vos relations avec vos associés, votre régime fiscal, vos cotisations sociales, voire votre convention collective.
Avant de lancer une procédure, prenez toujours du recul.
Posez-vous les bonnes questions :
- Ce changement de siège nous ouvrira-t-il de nouveaux marchés ?
- Ce nouveau nom reflète-t-il vraiment notre vision pour les dix prochaines années ?
- Ce changement de dirigeant s’accompagne-t-il d’un pacte d’associés mis à jour pour sécuriser la transmission ?
- Cette transformation en sas offrira-t-elle la souplesse de gouvernance dont nous avons besoin pour attirer des investisseurs ?
Le conseil le plus important : entourez-vous de professionnels (avocats, experts-comptables) qui ne se contenteront pas de remplir des formulaires, mais qui vous aideront à penser l’impact global de chaque décision sur l’avenir de votre société.
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